Télétravail : vers une taxe sur les salaires ?

Paolo Garoscio

Le télétravail, généralisé durant le confinement en France comme dans de nombreux pays, semble bien parti pour se pérenniser et devenir une nouvelle façon de travailler. Un changement sociétal majeur voulu par les premiers concernés mais qui pourrait avoir un effet pervers : augmenter les inégalités sociales. Des chercheurs de la Deutsche Bank proposent donc de le taxer.

Le télétravail, réservé à quelques salariés, permet des économies
Selon un sondage mené par la Deutsche Bank, plus de 50% des télétravailleurs voudraient continuer ce nouveau rythme quelques jours par semaine (le télétravail tous les jours étant par ailleurs déconseillé), et ce même après la crise sanitaire. Une véritable opportunité, selon Luke Templeman, stratégiste thématique chez Deutsche Bank, qui soulève néanmoins un problème de taille.

Le télétravail permettrait en effet de faire des économies d’échelle, surtout sur le long terme : moins de trajets domicile-bureau, plus de temps libre, moins de repas au restaurant… les frais quotidiens des télétravailleurs se réduisent quasi automatiquement. Or, ces économies ne bénéficient, au final, qu’à une frange de la population déjà aisée : le télétravail n’est en effet pas accessible à tous les salariés, à fortiori pas à ceux ayant des emplois moins bien payés comme les ouvriers.

Une taxe pour compenser les inégalités
Luke Templeman juge donc qu’il ne serait pas inutile de taxer les télétravailleurs, surtout au-delà d’un certain salaire annuel confortable. Il propose donc une taxe de 5% pour les salariés allemands touchant plus de 40.000 euros par an. Une telle taxe coûterait, de fait, près de 300 euros par mois aux salariés mais permettrait de collecter plus de 15 milliards d’euros par an en Allemagne.

Cet argent, Luke Templeman estime qu’il pourrait servir pour financer les mesures liées à la crise sanitaire, mais pas seulement : il permettrait d’augmenter de 1.500 euros par an les salaires des 12% d’Allemands qui touchent moins de 12.600 euros par an. Une sorte de redistribution des économies réalisées par les cadres supérieurs et qui reviendrait à celles et ceux dont le travail ne peut être réalisé en dehors de l’entreprise.